“J’ai toujours peur que les autres partent.” “Je m’attache trop vite.” “Le moindre silence me fait paniquer.”
Ces phrases reviennent souvent en consultation. La fragilité excessive qu’elles expriment trahit un schéma d’abandon doublé d’une instabilité émotionnelle. Décortiquer ce schéma est essentiel quand on désire sortir d’une lecture culpabilisante de soi-même et de ses relations.
Qu’est-ce qu’un schéma cognitif d’abandon ?
Le schéma d’abandon se caractérise par une peur persistante d’être abandonné, rejeté ou laissé seul, même en l’absence de danger réel. Il s’accompagne souvent d’une instabilité émotionnelle importante.
Ce schéma cognitif est une structure psychique profonde. Construite au cours de l’enfance, cette dernière influence la manière dont une personne :
- perçoit les autres
- interprète les situations relationnelles
- réagit émotionnellement.
Comment se manifeste le schéma d’abandon à l’âge adulte ?
Chez l’adulte, ce schéma peut se traduire par :
- une recherche constante de validation affective
- une peur intense de la distance ou du silence
- des réactions émotionnelles disproportionnées
- une alternance entre fusion et rejet
- une grande anxiété relationnelle.
Il faut bien comprendre que ces comportements ne sont pas des choix conscients, mais des tentatives de sécurisation. La personne peut avoir le sentiment de “trop aimer”, de “trop demander”, ou au contraire de se protéger en fuyant les liens.
Prenons un exemple. Imaginons une personne qui a besoin d’être régulièrement rassurée par ses proches ou son partenaire. Un message sans réponse, un changement de ton, une absence temporaire peuvent déclencher :
Cette personne peut alors multiplier les demandes d’attention, parfois de manière excessive, ce qui crée des relations instables, marquées par des hauts et des bas émotionnels.
D’où vient le schéma d’abandon ?
Le schéma d’abandon trouve le plus souvent ses racines dans l’enfance. Plusieurs expériences peuvent y contribuer.
Un abandon physique ou émotionnel précoce
Un enfant peut développer ce schéma lorsqu’il a vécu une séparation brutale, une absence répétée des figures d’attachement, une indisponibilité émotionnelle durable. Même sans abandon physique réel, le sentiment d’abandon émotionnel suffit à fragiliser la sécurité interne.
Une inconstance dans les relations familiales
Des relations familiales instables (conflits, séparations, changements fréquents) peuvent installer un climat d’insécurité. L’enfant apprend alors que les liens sont imprévisibles. Devenu adulte, il conserve cette conviction.
Des besoins émotionnels non reconnus
Lorsque les émotions de l’enfant ne sont pas validées, accueillies ou comprises, celui-ci peut développer la conviction que ses besoins ne comptent pas, qu’il doit en faire toujours plus pour être aimé. Ce sentiment nourrit la peur d’être abandonné.
La maltraitance émotionnelle
Les critiques répétées, les humiliations, les dévalorisations fragilisent l’estime de soi et la régulation émotionnelle. L’enfant apprend à se juger durement et à anticiper le rejet.
Des parents en difficulté psychique ou dépendants
Lorsque les parents sont eux-mêmes en grande souffrance (dépression, addiction, troubles psychiques), ils peuvent être incapables d’assurer une présence émotionnelle stable.
L’enfant grandit alors dans une insécurité affective chronique.
En quoi ce schéma est-il problématique au quotidien ?
À l’âge adulte, le schéma d’abandon peut entraîner :
- une dépendance affective
- des relations conflictuelles ou instables
- une peur intense de la solitude
- une fatigue émotionnelle importante
- un sentiment d’insécurité permanent.
La personne peut se sentir prisonnière de relations qui font souffrir, sans parvenir à en sortir.
Comment un psychologue peut aider à travailler le schéma d’abandon ?
Le psychologue va intervenir comme un révélateur. Il va permettre de :
- Mettre des mots sur le schéma : identifier le schéma permet de comprendre que les réactions émotionnelles ne sont pas “excessives” ou “irrationnelles”, mais cohérentes avec une histoire personnelle.
- Explorer les origines du schéma : le travail thérapeutique va amener à revisiter les expériences fondatrices, dans un cadre sécurisant, afin de donner du sens aux peurs actuelles.
- Apprendre à réguler les émotions : le schéma d’abandon s’accompagne souvent de tempêtes émotionnelles. La thérapie aide à développer des capacités de régulation plus stables.
- Construire une sécurité intérieure : progressivement, le patient peut apprendre à tolérer la distance, différencier passé et présent, développer un sentiment de sécurité interne.
En résumé ?
Le schéma d’abandon n’est ni une faiblesse, ni un défaut de caractère. C’est une stratégie de survie émotionnelle, construite dans un contexte donné. Avec un accompagnement adapté, il est possible d’apaiser la peur de l’abandon, de stabiliser les relations, de retrouver une sécurité affective plus solide. Comprendre ce schéma, c’est déjà commencer à s’en libérer.