Grandir auprès d’un parent qui souffre psychiquement ? Un sujet dont on parle trop peu et c’est malheureux car il y a tant à dire. France Culture y consacre justement un épisode de l’émission Être et savoir, animée par Louise Tourret avec comme invitée Hélène Davtian-Valcke, docteure en psychologie et spécialiste de cette question. Et je vous invite à l’écouter car il est riche d’enseignements.

Une réalité massive mais silencieuse

Les chiffres donnent une première mesure de l’ampleur du phénomène. En France, on estime qu’un enfant sur cinq grandit ou grandira avec un parent concerné par un trouble psychique — dépression, anxiété sévère, trouble bipolaire, schizophrénie, ou d’autres formes de souffrance moins diagnostiquées mais tout aussi présentes au quotidien.

Ce sont donc des millions d’enfants et d’adolescents qui construisent leur rapport au monde, à l’attachement, à la sécurité, dans un contexte où le parent sur lequel on devrait pouvoir s’appuyer est lui-même fragilisé.

Ce que vit l’enfant, et ce qu’on ne voit pas

La souffrance psychique d’un parent ne se passe pas à l’écart des enfants. Elle se vit à la maison, dans les silences, dans les journées où rien ne va, dans les moments où le parent est là physiquement mais absent autrement.

Ce que ces enfants traversent est souvent invisible de l’extérieur :

  • une hypervigilance développée très tôt, à force d’apprendre à lire les humeurs, à anticiper les crises, à adapter leur comportement ;
  • un sentiment de responsabilité disproportionné, comme si c’était à eux de protéger leur parent (ces enfants subissent de fait dans une situation de parentification) ;
  • une solitude réelle, parce qu’on ne parle pas facilement de la santé mentale de ses parents à l’école ou chez des amis ;
  • parfois, une honte diffuse qui s’installe, même sans que personne n’ait rien dit de blessant
  • et plus tard, des questions sur leur propre santé mentale, sur ce qu’ils ont « hérité », sur ce qu’ils pourraient transmettre à leur tour.

Ces dynamiques ne sont pas une fatalité. Mais elles nécessitent d’être nommées pour pouvoir être traversées.

Ce que dit ce podcast, et pourquoi cela compte

Ce que fait cet épisode de Être et savoir, c’est précisément aborder ces situations. Quels mots poser sur ce que l’on vit ? Comment aider un enfant dans cette configuration ? Comment l’école peut-elle jouer un rôle ? Quels repères chercher quand la famille ne peut pas en offrir suffisamment ?

Ce sont des questions que l’on retrouve en consultation — portées par des adultes qui reviennent sur une enfance qu’ils n’avaient jamais vraiment eu l’occasion de raconter, ou par des parents en souffrance qui s’inquiètent pour leurs propres enfants et se demandent ce qu’ils peuvent faire pour les protéger.

Mettre en lumière cette réalité, c’est déjà faire quelque chose d’utile : rappeler à celles et ceux qui l’ont vécu qu’ils n’étaient pas seuls, et que ce qu’ils ont traversé mérite d’être reconnu.

Cet article vous interpelle ? Vous vous retrouvez dans ces lignes ? N’hésitez pas à me contacter pour en discuter.

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