« Les traitements, ça ne sert à rien !» Combien de fois ai-je entendu cette phrase … un patient qui refuse soudain de prendre ses médicaments, un proche qui balaie le diagnostic et le protocole de soins mis en place par un psychiatre, des anonymes qui préfèrent « se prendre en main tout seuls ».
Je vais être franc : cette phrase me hérisse pour différentes raisons.
- Elle réduit des années de recherche clinique validée à une plaisanterie de comptoir.
- Elle décourage des personnes qui auraient tout à gagner à se faire suivre.
- Elle entretient une méfiance qui coûte cher, parfois très cher, à ceux qui y renoncent.
Ce que dit réellement la recherche
Clairement, affirmer haut et fort que « les traitements, ça ne sert à rien », c’est ignorer des décennies de littérature scientifique au profit d’une intuition de canapé. Les faits sont pourtant têtus. Ainsi, selon la Haute Autorité de Santé, lorsque la dépression est correctement diagnostiquée et traitée — par une psychothérapie adaptée, un antidépresseur bien choisi, ou l’association des deux — la prise en charge est efficace. Le vrai problème identifié par la HAS n’est pas l’inefficacité des traitements, mais leur mauvais usage : antidépresseurs prescrits sans suivi ni psychothérapie, ou à l’inverse absents là où ils seraient nécessaires.
Deux psychothérapies ont par exemple fait la preuve de leur efficacité dans la dépression : la thérapie interpersonnelle et la thérapie cognitivo-comportementale, dont l’efficacité est aussi solide à long terme que celle des antidépresseurs. Les données sont là, comparées, répliquées, publiées, qui témoignent de la portée de ces approches, du soulagement qu’elles apportent.
Le vrai coupable : le mauvais usage, pas le traitement
Certes, dans certaines situations, un traitement peut ne pas fonctionner comme on l’espère. Mais avant de rejeter ce traitement en bloc, il convient d’observer comment il a été prescrit et suivi. La Fondation FondaMental le rappelle : l’efficacité des antidépresseurs dépend pour une grande part de la bonne observance et du respect de la durée de prescription — un traitement arrêté trop tôt, ou pris de façon irrégulière, n’aura logiquement pas les effets attendus. Cela vaut pour le TDAH, la schizophrénie, la bipolarité et tout autre trouble mental.
Si l’on obtient pas rapidement de résultats, il ne faut pas en conclure immédiatement que « les traitements ne marchent jamais » ; c’est un raccourci dangereux. C’est un peu comme dire qu’un antibiotique ne soigne pas une infection … alors qu’on l’a stoppé au bout de deux jours quand il était prescrit pendant une semaine. Très souvent, les traitements prescrits dans le cadre des troubles mentaux dysfonctionnent soit car ils ne sont pas convenablement pris soit parce que le traitement nécessite d’être adapté : autre molécule, autre posologie.
Une phrase qui nourrit la stigmatisation
Le problème avec des phrase du type « Les traitements, ça ne sert à rien », c’est qu’elles alimentent ce que les spécialistes appellent la stigmatisation des troubles psychiques.
- Pour l’OMS, la stigmatisation sociale associée aux troubles mentaux fait partie des principaux obstacles à une prise en charge efficace, aux côtés du manque de ressources et de soignants formés.
- Selon Santé Psy Jeunes, cette stigmatisation limite l’accès aux soins et amoindrit considérablement les chances de rétablissement pour les personnes qui en auraient besoin.
Pour résumer, chaque fois que cette phrase est lâchée devant quelqu’un qui hésite à consulter, elle referme un peu plus une porte qui était déjà difficile à pousser. Cela entraîne des retards de diagnostic, de prise en charge, une méfiance accrue face aux professionnels de santé concernés, et une hausse conséquente de l’aggravation des troubles. C’est d’autant plus dommageable que là aussi les traitements sont efficaces ; comme l’explique le site du Washington State Department of Social and Health Services , « les meilleurs traitements actuellement disponibles pour les maladies mentales graves sont très efficaces. Entre 70 et 90 % des personnes concernées constatent une réduction significative de leurs symptômes et une amélioration de leur qualité de vie grâce à une combinaison de traitements pharmacologiques et psychosociaux et de mesures d’accompagnement ».
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