L’entrée à l’université est souvent racontée comme une parenthèse d’insouciance et d’émancipation. Une étude menée fin 2025 auprès de près de 3 000 étudiants de première année à l’Université de Lille vient nuancer sérieusement ce récit : plus d’un étudiant sur deux franchit les portes de la fac avec une fragilité déjà installée, physique, psychologique, ou les deux.
54 % des étudiants de première année déjà fragilisés à l’entrée à l’université
Menée par une équipe de chercheurs en STAPS de l’Université de Lille, l’étude a suivi environ 3 000 étudiants de première année à l’automne 2025. Les participants ont réalisé des tests de condition physique (endurance, vitesse, force musculaire) et répondu à des questionnaires validés sur leur anxiété, leur dépression et leur qualité de vie.
L’analyse statistique des données a permis d’identifier trois profils de santé bien distincts :
- Profil 1 — vulnérabilité physique dominante (28 %) : condition physique significativement plus faible que les deux autres groupes, avec une proportion plus élevée de surpoids ou d’obésité.
- Profil 2 — vulnérabilité psychologique dominante (26 %) : niveaux d’anxiété et de symptômes dépressifs significativement plus élevés, qualité de vie plus dégradée.
- Profil 3 — indicateurs favorables (46 %) : de meilleurs résultats sur les deux plans, physique et mental.
Autrement dit, un peu plus d’un étudiant sur quatre entame ses études supérieures avec une détresse psychologique déjà mesurable — avant même d’avoir affronté sa première session d’examens.
Une fragilité antérieure à l’université
Le point le plus contre-intuitif de cette étude, c’est que la vulnérabilité observée n’est pas décrite comme un effet du choc de la rentrée universitaire, mais comme un état déjà constitué au moment de l’entrée en première année. Les chercheurs situent cette dégradation dans une trajectoire plus large et documentée depuis plusieurs années par la littérature scientifique : à l’échelle mondiale, près d’un étudiant sur cinq présenterait un trouble de santé mentale, et le passage à l’enseignement supérieur s’accompagne généralement d’une baisse de l’activité physique et d’une hausse de la sédentarité.
Ce constat déplace le regard : la question n’est plus seulement « comment l’université abîme-t-elle les étudiants ? » mais aussi « avec quel bagage psychique les étudiants arrivent-ils déjà à l’université ? ». Éloignement du cadre familial, nouvelles responsabilités, précarité financière, incertitude sur l’avenir : la transition post-bac agit comme un révélateur et un amplificateur de fragilités souvent antérieures, plus que comme leur unique cause.
L’activité physique, un levier documenté mais qui reste à activer
Face à ce double constat, les auteurs de l’étude misent sur un levier accessible aux universités : l’activité physique individualisée. Ses bénéfices sur la santé mentale comme sur la santé physique sont aujourd’hui largement établis, mais l’enjeu reste d’engager les étudiants dans une pratique régulière, alignée sur les recommandations de l’OMS (au moins 150 minutes d’activité modérée, ou 75 minutes d’activité soutenue, par semaine).
Les chercheurs notent par ailleurs une différence d’attentes selon les profils : les étudiants du profil 3 (bonne santé) recherchent surtout la performance et les bénéfices physiques, tandis que ceux du profil 2 (vulnérabilité psychologique) et une large part des étudiantes attendent avant tout de l’activité physique un effet sur leur bien-être psychologique. Une nuance qui plaide, selon eux, pour des dispositifs différenciés plutôt qu’une offre sportive universitaire uniforme.
Ce que cela dit, concrètement
Ces chiffres racontent une histoire qui dépasse le seul cadre universitaire :
- une fragilité déjà installée chez plus d’un jeune sur deux au moment où ils devraient, en théorie, être au sommet de leur forme ;
- une composante psychologique qui concerne, à elle seule, plus d’un étudiant sur quatre, sans que cette souffrance soit toujours identifiée ni prise en charge à ce stade.
Ce n’est pas la fac qui rend les étudiants fragiles : c’est une génération qui arrive déjà fragilisée, à un âge où l’accompagnement — psychologique autant que physique — pourrait encore infléchir la trajectoire, à condition d’être proposé au bon moment, sous une forme adaptée à chaque profil.
Sources :
- Llena C., Coquart J. & Crombez L., « Identifying Physical and Mental Health Characteristics in University Students: An Observational Study » , Quest, Taylor & Francis, 2026, DOI: 10.1080/00336297.2026.2681746
- Llena C., Coquart J. & Crombez L., « Santé des étudiants : plus d’un sur deux entre à l’université avec une fragilité physique ou mentale », The Conversation, juillet 2026
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