Selon le rapport mondial de l’Organisation internationale du travail (OIT) publié le 22 avril 2026 à l’occasion de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, les risques psychosociaux sont aujourd’hui responsables de plus de 840 000 décès par an dans le monde. Parmi les facteurs identifiés, le fait que 35 % des travailleurs dépassent 48 heures de travail hebdomadaire. Et 23 % déclarent avoir subi au moins une forme de violence ou de harcèlement au cours de leur carrière. Des chiffres qui ne parlent pas seulement de conditions de travail. Ils parlent de santé mentale.

Ce que ce chiffre ne dit pas… mais révèle

840 000 décès. Le chiffre est vertigineux. Derrière ces morts — pour l’essentiel des maladies cardiovasculaires et des pathologies mentales — se trouvent des trajectoires bien connues en consultation :

  • un corps contraint de tenir quand l’esprit dit stop
  • une fatigue chronique que l’on minimise jusqu’à l’effondrement
  • un environnement professionnel qui épuise sans jamais en avoir l’air.

Le rapport de l’OIT révèle que ces trajectoires ne sont pas des accidents individuels mais le produit de conditions structurelles.

48 heures par semaine : une limite significative

48 heures par semaine, c’est la limite fixée par l’OIT comme seuil de durée excessive du travail. Franchir ce seuil de façon régulière n’est pas sans conséquences. Dans son rapport, l’OIT l’identifie comme « l’un des facteurs de risque psychosocial majeur ».

Sur le plan psychologique, travailler au-delà de ses capacités de récupération, de manière prolongée, c’est :

  • réduire les marges de décompression nécessaires à l’équilibre émotionnel
  • laisser le système nerveux en état d’alerte permanent
  • éroder progressivement les ressources qui permettent de faire face.

Ce n’est pas une question de volonté ou de résistance personnelle. C’est une mécanique physiologique et psychique documentée.

Des populations plus exposées que d’autres

Le rapport de l’OIT souligne que certains groupes sont particulièrement vulnérables aux risques psychosociaux :

  • les travailleurs précaires, dont la précarité de l’emploi est en elle-même un facteur de stress chronique ;
  • les jeunes, qui arrivent dans un monde du travail plus instable et souvent plus exigeant ;
  • les seniors, dont les conditions d’emploi se dégradent parfois à mesure que les années passent ;
  • les personnes immigrées ou en situation de handicap, davantage exposées à des formes de discrimination ou de conditions défavorables.

Ce prisme est important : les risques psychosociaux ne pèsent pas de façon uniforme sur l’ensemble des travailleurs. Ils amplifient des inégalités déjà existantes.

Un monde du travail en mutation accélérée

Le rapport pointe également le rôle des mutations technologiques : télétravail, numérisation, intelligence artificielle. Ces évolutions ne sont pas neutres. Mal encadrées, elles peuvent accentuer les exigences, brouiller les frontières entre vie privée et vie professionnelle, et générer de nouvelles formes de stress.

L’hyperconnexion, la disponibilité permanente, la pression à la réactivité immédiate sont autant de réalités qui s’ajoutent à une charge de travail déjà élevée, sans que l’on dispose toujours des ressources pour y faire face.

Sur le plan psychologique, ce que cela produit est connu : une difficulté croissante à « décrocher », un sentiment de ne jamais en avoir fait assez, une fatigue qui ne se répare plus le week-end.

Ce que cela dit de la santé mentale au travail

Ces données agissent comme un indicateur avancé. Elles ne mesurent pas directement la souffrance psychique — mais elles en cartographient les conditions d’émergence.

Travailler régulièrement plus de 48 heures par semaine, être exposé à du harcèlement, évoluer dans un environnement instable … ces facteurs, cumulés et prolongés dans le temps, finissent par produire :

  • des troubles anxieux et dépressifs
  • des syndromes d’épuisement professionnel
  • des pathologies somatiques liées au stress chronique
  • et, dans les cas les plus graves, des conséquences cardiaques ou cérébrovasculaires.

840 000 décès par an ne sont pas la somme de 840 000 fragilités individuelles. Ils résultent de systèmes qui, pendant trop longtemps, ont ignoré ce que le travail fait au corps et à la tête.

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