Importés du modèle managérial nord-américain, les plans d’amélioration de la performance, déclinés sous les acronymes PIP (Performance Improvement Plan), PRPA (Plan de retour à la performance attendue) ou PAP, se multiplient dans les entreprises de la Tech, du conseil et des services informatiques (cf l’excellent article de Basta ! sur le sujet). Il s’agit en théorie d’outils d’accompagnement destinés à aider un salarié en difficulté à retrouver son niveau de compétence. Mais dans la pratique, ces différents dispositifs, lorsqu’ils sont détournés de leur objectif initial, sont source d’ un épuisement psychique majeur d’une détresse psychologique sévère. Explication.
La mécanique du PIP : une pression managériale accrue
Par définition, le plan de performance fixe au salarié une série d’objectifs à atteindre dans un délai très court, généralement de 30 à 90 jours. Mais il arrive que l’outil impose une charge mentale disproportionnée. Il peut même être instrumentalisé afin de pousser le salarié à la démission, préparer son licenciement pour insuffisance professionnelle ou réduire les effectifs concernés à moindre coût.
Ce processus pour le moins pernicieux implique plusieurs facteurs de risques psychosociaux :
- Des objectifs flous ou inatteignables, des reproches axés sur la « posture », le « manque de leadership » ou d’autres critères non mesurables, bref tout un ensemble de points qui placent le salarié dans une position d’impuissance apprise.
- Une hypervigilance permanente, la sensation d’être observé et évalué sur le moindre geste ou délai, ce qui maintient le système nerveux du salarié concerné dans un état d’alerte chronique.
- Un sentiment d’injustice et d’arbitraire via la remise en cause soudaine de compétences validées durant des années ce qui détruit la sécurité psychosociale au travail.
Les conséquences sur la santé mentale des salariés
Il va sans dire que l’imposition d’un plan de performance intrusif ou abusif produit des effets dévastateurs sur l’équilibre psychique de l’individu, pouvant mener à des tableaux cliniques graves.
- Effondrement de l’estime de soi et honte : le salarié intériorise l’idée d’une défaillance personnelle. Cette perte de sentiment de compétence altère profondément son identité professionnelle.
- Épuisement professionnel, burn-out et troubles anxieux : la suractivation du stress pour tenter d’atteindre des objectifs irréalistes conduit rapidement à l’épuisement physique et émotionnel, accompagné de troubles du sommeil, d’attaques de panique ou de ruminations anxieuses.
- Isolement et stigmatisation : désigné implicitement comme « l’élément faible » de l’équipe, le salarié subit souvent un retrait social, voire un phénomène de mise à l’écart.
- Risque dépressif et décompensation : la perte de sens, le sentiment de piège et la peur du chômage créent un terrain propice au développement d’épisodes dépressifs majeurs et à l’émergence d’idées suicidaires.
Vers une posture éthique et préventive
Pour les psychologues, les médecins du travail et les professionnels du soin, recevoir un salarié confronté à un PIP nécessite une prise en charge spécifique reposant sur plusieurs points.
- Déculpabiliser et réorienter le problème, aider le patient à faire la part entre ses compétences réelles et la logique organisationnelle ou financière de l’entreprise.
- Documenter objectivement la situation, encourager le salarié à consigner les faits, écrits et échanges afin de sortir du flou émotionnel et de restaurer un sentiment de contrôle.
- Alerter la médecine du travail et les représentants du personnel ; le PIP ne doit pas s’exercer au détriment de la santé. Un arrêt de travail à visée conservatoire ou un signalement pour harcèlement/RPS est parfois indispensable pour protéger le collaborateur.
Penser la performance en entreprise ne devrait jamais se faire au détriment de la santé mentale. Le rôle du soin est de rappeler que la souffrance au travail est rarement le résultat d’une fragilité individuelle isolée, mais bien souvent la réponse logique à un cadre organisationnel pathogène.
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