Dans Nos pères, nos frères, nos amis, le journaliste Mathieu Palain propose une plongée rigoureuse et incarnée dans les trajectoires d’hommes auteurs de violences. Au cœur de sa démarche, plusieurs problématiques : pourquoi certains hommes deviennent-ils violents ? Que se passe-t-il dans leur histoire, leur construction psychique, leur rapport aux émotions et à la relation à l’autre ? Loin du sensationnalisme ou de la justification, ce livre interroge, avec sobriété, ce qui mène à la violence — et surtout ce qui peut permettre de l’empêcher.

Des auteurs de violence conjugale

L’ouvrage s’appuie sur une enquête menée auprès d’hommes suivis dans des groupes de parole pour auteurs de violences conjugales, notamment dans le cadre de dispositifs de prise en charge judiciaire et thérapeutique.

Mathieu Palain donne la parole à ces hommes, restitue leurs récits, leurs résistances, leurs silences, leurs prises de conscience parfois tardives. Il croise ces témoignages avec les paroles de professionnels : psychologues, éducateurs, travailleurs sociaux.

Le livre ne cherche pas à excuser. Il cherche à comprendre, pour mieux prévenir.

Un intérêt majeur pour la psychologie et la santé mentale

L’intérêt du livre, du point de vue psychologique, est multiple.

Sortir d’une vision simpliste de la violence

Le livre montre que la violence n’apparaît pas ex nihilo. Elle s’inscrit souvent dans :

  • des histoires familiales marquées par la brutalité ou la carence
  • une difficulté majeure à identifier et exprimer les émotions
  • une confusion entre autorité, domination et lien affectif
  • une construction identitaire fragile.

Cette approche rejoint les observations cliniques : la violence est rarement un simple « passage à l’acte isolé », mais le symptôme d’un fonctionnement psychique dysrégulé.

Donner à voir le travail psychothérapeutique

Un des apports essentiels du livre est de rendre visible ce qui se joue dans les dispositifs de prise en charge des auteurs de violences.

On y voit la résistance au changement, le déni, la minimisation mais aussi, parfois, l’émergence d’une parole plus responsable. Le livre permet ainsi de mieux comprendre le temps psychique nécessaire à toute transformation, loin des injonctions immédiates au « changement ».

Comprendre le lien entre violence et santé mentale

Sans pathologiser systématiquement les auteurs de violences, l’ouvrage met en lumière des fragilités psychiques fréquentes :

  • troubles de l’attachement
  • difficultés de régulation émotionnelle
  • honte massive
  • sentiment d’impuissance transformé en agressivité.

Il rappelle que travailler sur la violence, c’est aussi travailler sur la prévention de la récidive, la santé mentale des individus concernés et celle de leur entourage.

Un livre utile pour les professionnels… et pour le grand public

Nos pères, nos frères, nos amis s’adresse autant aux professionnels de la santé mentale qu’aux proches, aux citoyens, aux lecteurs qui cherchent à comprendre. Le style est accessible, sans jargon, mais jamais simpliste. Il permet de tenir une position éthique claire : comprendre n’est pas excuser, mais comprendre est indispensable pour agir.

Il ne s’agit jamais de justifier pas la violence, de minimiser la responsabilité des auteurs ou d’apporter des solutions miracles. L’objectif est de développer un regard lucide, humain et rigoureux, indispensable à toute réflexion sérieuse sur la violence masculine.

Cet article vous interpelle ? Vous vous retrouvez dans ces lignes ? N’hésitez pas à me contacter pour en discuter.

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