Aborder le génocide des Tutsis au Rwanda à l’écran est toujours un geste délicat. La série La Couleur du sang d’Hugo Blick ne cherche ni à choquer, ni à expliquer l’inexplicable. Elle donne à voir autre chose, de plus silencieux et de plus durable : ce que le traumatisme laisse derrière lui. C’est une série sur l’après, sur les traces psychiques laissées par l’extrême.

Raviver l’histoire traumatique

La Couleur du sang (Black Earth Rising) suit le parcours de Kate Ashby, jeune enquêtrice britannique survivante du génocide des Tutsis au Rwanda. Adoptée et élevée par une procureure internationale spécialisée dans les crimes de guerre, Kate est profondément traumatisée, déstabilisée au quotidien par ce passé dont elle ne souvient que par bribes.

De nouvelles enquêtes judiciaires vont raviver ces plaies : Kate va devoir affronter son histoire traumatique, les zones grises de la justice internationale, les conséquences psychiques durables du génocide, là où mémoire, culpabilité et vérité s’entremêlent.

Quand la violence dépasse les capacités psychiques

Le traumatisme psychique survient lorsque l’expérience vécue dépasse les capacités d’intégration de l’appareil psychique. Dans le contexte d’un génocide, cette limite est franchie de manière massive, répétée, systémique. La Couleur du sang montre avec justesse que le traumatisme ne se réduit pas à des souvenirs douloureux. Il s’exprime aussi par :

  • le silence,
  • la sidération,
  • la fragmentation du récit,
  • l’impossibilité de dire,
  • la difficulté à se projeter dans le temps.

Ce qui a été vécu ne peut pas toujours être raconté — parfois même pensé.

Survivre n’est pas revenir à la normale

L’un des apports majeurs de la série est de rappeler une réalité clinique essentielle : survivre n’est pas guérir. Les personnages ne sont pas seulement confrontés à ce qu’ils ont vu ou subi, mais à ce que cela a fait à leur rapport au monde, aux autres et à eux-mêmes.

Le traumatisme modifie :

  • le sentiment de sécurité,
  • la confiance,
  • l’identité,
  • la perception du temps.

Le danger n’est plus seulement passé : il continue d’exister à l’intérieur.

Le traumatisme collectif : quand la société elle-même est blessée

La Couleur du sang ne traite pas uniquement de traumatismes individuels. Elle donne à voir un traumatisme collectif, inscrit dans une société entière. Lorsque la violence est massive et organisée, ce ne sont pas seulement des individus qui sont atteints. Les liens sociaux, les repères symboliques, la transmission entre générations sont également impactés.

Le traumatisme devient alors transgénérationnel, se transmettant parfois sans mots, par le silence, les attitudes, les peurs diffuses.

Dire, témoigner, ou se taire

La série pose une question centrale en psychologie du traumatisme : faut-il parler pour aller mieux ? Elle montre que la parole peut être réparatrice, mais aussi dangereuse lorsqu’elle est imposée trop tôt, sans cadre sécurisant. Le silence, souvent perçu comme un refus, peut aussi être une stratégie de survie psychique. En clinique, il n’existe pas de règle universelle : ce qui soigne, c’est le respect du rythme, de la temporalité psychique propre à chacun.

La Couleur du sang ne propose pas de solution, ni de message rassurant. Elle refuse la simplification, l’oubli, ou la consolation facile. En cela, elle rejoint une position psychologique éthique : celle qui consiste à reconnaître la souffrance sans chercher à la normaliser, à accepter que certaines blessures ne disparaissent pas, mais peuvent être accompagnées.

Pourquoi cette série est essentielle aujourd’hui

À une époque où la violence de masse continue d’exister, La Couleur du sang rappelle que les conséquences psychiques des génocides ne s’arrêtent pas avec la fin des combats. Elle invite à une réflexion profonde sur :

  • la mémoire,
  • la transmission,
  • la réparation possible,
  • et les limites de l’humain face à l’extrême.

Comprendre le traumatisme, ce n’est pas expliquer la violence. C’est reconnaître ce qu’elle fait durablement aux êtres humains.

Cet article vous interpelle ? Vous vous retrouvez dans ces lignes ? N’hésitez pas à me contacter pour en discuter.

Pin It on Pinterest

Share This