“Je suis trop dur avec moi-même.” C’est une phrase que j’entends très souvent en consultation. Derrière cette difficulté à se reconnaître des qualités, des efforts ou des réussites, il y a rarement un simple manque de confiance.Il s’agit le plus souvent d’un fonctionnement psychique ancien, profondément ancré, et coûteux au quotidien. Comprendre ce mécanisme est une première étape pour pouvoir, peu à peu, en sortir.
Qu’entend-on par compassion et gratitude envers soi-même ?
La compassion envers soi ne consiste pas à se complaire, ni à s’excuser de tout. Elle désigne la capacité à :
- reconnaître sa souffrance
- accueillir ses limites
- porter sur soi un regard moins jugeant, plus humain.
La gratitude envers soi-même est étroitement liée. Elle implique de pouvoir identifier et reconnaître ses efforts, ses ressources, ses ajustements, même imparfaits. Il ne s’agit pas de s’auto-congratuler, mais de se traiter avec le même respect que l’on accorderait à quelqu’un d’autre.
Pourquoi est-ce si difficile pour certaines personnes ?
A cela, plusieurs raisons qu’il convient de cerner.
Une voix critique intériorisée
Chez beaucoup de patients, l’auto-jugement sévère prend la forme d’une voix intérieure très critique : “tu aurais dû faire mieux” ; “ce n’est jamais suffisant” ; “tu exagères”. Cette voix n’a rien d’inné. Elle est souvent intériorisée au fil de l’histoire personnelle.
Des expériences précoces marquées par l’exigence ou le manque de reconnaissance
Imaginez un environnement familial où l’amour était conditionnel, les erreurs étaient sanctionnées, les émotions peu accueillies : pareille atmosphère peut conduire à développer une posture d’auto-contrôle permanent. Se juger durement détermine alors une stratégie pour “bien faire”, éviter le rejet ou conserver le lien.
La confusion entre bienveillance et faiblesse
Certains patients associent inconsciemment la compassion envers soi à du laxisme, de l’égoïsme, un manque d’exigence. Se traiter durement est alors perçu comme une preuve de sérieux, de valeur ou de mérite.
En quoi ce manque de compassion envers soi est-il problématique ?
À court terme, l’auto-critique peut donner l’illusion d’une motivation. Mais sur le temps long, ses effets sont délétères. Elle favorise notamment :
- l’épuisement psychique
- l’anxiété chronique
- une estime de soi fragile
- des sentiments de honte ou d’insuffisance
- des difficultés relationnelles.
Bref, se juger en permanence empêche de se réparer.
Les conséquences au quotidien
Dans la vie quotidienne, ce fonctionnement peut se traduire par :
- une incapacité à savourer ses réussites
- un perfectionnisme envahissant
- une peur constante de l’erreur
- une fatigue émotionnelle importante
- un sentiment de ne “jamais en faire assez”.
Même les moments positifs sont souvent rapidement invalidés.
Comment un psychologue peut accompagner ce travail ?
Il y a plusieurs angles.
Mettre en lumière le fonctionnement auto-critique
La première étape consiste à identifier cette voix intérieure :
- d’où vient-elle ?
- à qui ressemble-t-elle ?
- dans quelles situations s’active-t-elle ?
La rendre consciente permet déjà de s’en dégager partiellement.
Travailler l’histoire personnelle et les loyautés invisibles
Se juger durement peut être une manière de rester fidèle à un modèle familial ou relationnel.
La thérapie permet d’explorer ces loyautés inconscientes et d’en mesurer le coût.
Réintroduire progressivement une posture plus bienveillante
La compassion envers soi ne se décrète pas. Elle se construit, pas à pas, à travers :
- des exercices d’attention
- des expériences émotionnelles correctrices
- un cadre thérapeutique sécurisant.
Le regard du thérapeute joue ici un rôle fondamental : il sert souvent de modèle de regard intérieur futur.
En résumé
Avoir de la gratitude et de la compassion envers soi-même n’est pas naturel pour tout le monde.
Lorsque l’auto-jugement est ancien, il s’agit d’un apprentissage à part entière. Ce travail demande du temps, de la patience et parfois un accompagnement. Mais il est profondément transformateur.
Se traiter avec un peu plus de douceur n’est pas un renoncement.
C’est souvent une condition essentielle pour aller mieux.
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