La fin de ce printemps 2026 restera dans les mémoires. Inédit en cette période, un épisode caniculaire intense a frappé l’ouest de la France. Dans pareil contexte, certains traitements psychotropes — antidépresseurs, antipsychotiques, benzodiazépines — modifient la façon dont le corps perçoit et gère la chaleur. Et cela peut représenter un danger pour les patients qui n’en sont pas informés. De quoi s’agit-il ? Que faire en pareilles circonstances ?

La chaleur : un risque particulier pour les personnes sous traitement psy

Notre corps dispose d’un système de régulation thermique très précis. En cas de chaleur, il transpire, dilate ses vaisseaux sanguins et nous envoie le signal de boire. Ce mécanisme, qui s’appelle la thermorégulation, est coordonné en grande partie par l’hypothalamus, une structure cérébrale centrale.

Or, comme l’explique très bien du reste l’article « Ordonnances de psychotropes dans un contexte de chaleur extrême » paru sur le Canadian Medical Association Journal ou les points d’information de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, les médicaments psychotropes peuvent perturber cette thermorégulation par plusieurs mécanismes :

  • Les antidépresseurs — en particulier les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (ISRS, IRSN) — font partie des médicaments susceptibles d’induire une hyperthermie et d’aggraver le syndrome d’épuisement lié à la déshydratation. Ils peuvent également provoquer des effets sur la pression artérielle, par vasodilatation ou vasoconstriction, pouvant conduire dans de rares cas à des accidents cardiovasculaires ou cérébraux.
  • Les antipsychotiques (neuroleptiques) représentent la catégorie la plus préoccupante. Ils perturbent la régulation de la température corporelle du fait de leur action antidopaminergique. Les symptômes du coup de chaleur et du syndrome malin des neuroleptiques étant proches, il est important de savoir les différencier. Les psychotropes ayant des effets anticholinergiques diminuent la sudation et augmentent ainsi le risque de coup de chaleur en perturbant la thermorégulation.
  • Les benzodiazépines (anxiolytiques, somnifères) altèrent la perception de la chaleur et compromettent la capacité à ressentir et à réagir à une température excessive. La personne peut ne pas percevoir qu’elle est en surchauffe.
  • Le lithium (stabilisateur de l’humeur prescrit dans le trouble bipolaire) mérite une vigilance toute particulière. Les sels de lithium peuvent devenir toxiques en cas de déshydratation. La fenêtre thérapeutique du lithium est étroite : une déshydratation même modérée peut faire basculer la concentration sanguine dans une zone dangereuse.

Ce que vous pouvez ressentir — et pourquoi ne pas ignorer ces signaux

La difficulté tient précisément à ceci : les effets indésirables déjà courants des médicaments psychotropes, comme la sécheresse buccale et la transpiration réduite, peuvent être exacerbés par une chaleur extrême. Ces signes banaux au quotidien deviennent des signaux d’alarme à surveiller activement en période de canicule dixit Psychomedia.

Parmi les signes qui doivent alerter :

  • sensation de chaleur intense sans transpiration,
  • confusion ou somnolence inhabituelle, maux de tête persistants,
  • palpitations,
  • forte fatigue,
  • sécheresse de la bouche accompagnée d’absence de soif,
  • vertiges en se levant.

Le coup de chaleur est une urgence médicale. Il se définit par un accroissement de la température corporelle centrale au-delà de 40°C, associé à une altération de la conscience — convulsions, délire ou coma. En cas de doute, il ne faut pas attendre et contacter un médecin, le 15 et/ou les urgences.

Les recommandations pratiques

La première chose à retenir : il n’est pas justifié d’envisager d’emblée et systématiquement une diminution ou un arrêt des médicaments pouvant interagir avec l’adaptation de l’organisme à la chaleur. Arrêter seul un traitement psychotrope peut provoquer un effet rebond et aggraver l’état de santé. Toute adaptation de traitement doit se faire avec le médecin prescripteur.

Ce que vous pouvez faire, en revanche :

  • Boire régulièrement, sans attendre d’avoir soif — au minimum 1,5 à 2 litres d’eau par jour, davantage en cas de forte chaleur. Attention : « selon une étude de l’IFOP en partenariat avec Hydratis, 78 % des Français et Françaises ne consomment pas les 1,5 litres à 2 litres d’eau préconisés quotidiennement pour la santé » dixit Allo Docteurs
  • Rester au frais. Eviter les sorties aux heures les plus chaudes (entre 12h et 16h en général). Privilégier les pièces les moins exposées, se mouiller les avant-bras et la nuque, chercher des espaces climatisés si le logement est trop chaud.
  • Signaler à votre médecin ou psychiatre prescripteur que vous prenez un traitement psychotrope dès le début d’un épisode caniculaire, afin qu’il puisse évaluer si une surveillance ou une adaptation est nécessaire.
  • Si vous êtes proche d’une personne sous traitement psychotrope, prenez de ses nouvelles plus régulièrement en période de canicule. L’isolement social accroît le risque.

En tant que psychologue, je ne prescris pas de médicaments. Mais connaître les interactions entre psychotropes et chaleur fait pleinement partie de mon accompagnement. Si vous êtes en suivi psychologique et sous traitement, n’hésitez pas à en parler lors de vos séances. Je peux vous aider à identifier les signaux d’alerte, à formuler les bonnes questions pour votre médecin prescripteur, et à adapter votre environnement de vie aux périodes de fortes chaleurs.

Cet article vous interpelle ? Vous vous retrouvez dans ces lignes ? N’hésitez pas à me contacter pour en discuter.

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