Décembre s’achève, la nouvelle année se profile. Instant suspendu, entre-deux… C’est le moment de faire le bilan certes, mais aussi de doucement basculer vers un temps qui reste à définir, avec ses réalisations rêvées, ses surprises, bonnes ou mauvaises.

Or pour certains.es, ce passage est chargé de nostalgie, d’angoisse face à l’incertitude, au manque de contrôle. Et c’est tout à fait humain. Un tableau résume selon moi ce moment particulier, fait d’espoir et de doute : L’Annonciation de Fra Angelico.

Une œuvre marquée par la lumière

Fra Angelico ? Mais encore ? Peintre majeur de la première Renaissance (début du XVeme siècle), l’artiste développe une œuvre marquée par la lumière, le silence et l’équilibre. Ce moine conçoit l’image comme un lieu de transition intérieure, propice à l’accueil de l’inconnu et à la transformation psychique.

Peinte en 1437 sur un mur à l’entrée du couvent dominicain de San Marco à Florence, son Annonciation est située dans un espace de silence, de retrait et de contemplation. Destinée aux religieux qui passaient devant au quotidien, elle accompagnait et encourageait l’entrée dans un autre état intérieur.

Une transition qui s’amorce

Ce n’est pas un hasard. Dans la tradition chrétienne, l’Annonciation désigne le moment où l’ange Gabriel révèle à Marie qu’elle va devenir mère. Ce thème a été abondamment représenté en peinture, car il met en scène un instant clé dont l’intensité est difficile à restituer : il s’agit d’un prélude à la transformation. La scène ne relate pas un événement spectaculaire, mais le moment précis où quelque chose bascule dans une existence.

Cet entre-moment — ni avant, ni après — est profondément humain. Il illustre ce que nous vivons à chaque transition importante : la fin d’une période, la perspective d’une transformation, l’arrivée de ce que nous n’avons pas choisi mais que nous devons apprendre à accueillir. Dans la thématique picturale de l’Annonciation, rien n’est encore fait. L’événement n’est pas consommé : il est en train d’advenir.

Accueillir l’inconnu : un défi psychologique

Psychiquement, ce moment suspendu ressemble à la période entre Noël et le 31 décembre : on ne sait pas encore ce que la nouvelle année apportera, mais on sent qu’une mutation s’opère. Fra Angelico peint ce que nous vivons tous : l’inconnu qui s’approche, et l’espace intime où il doit trouver sa place.

Accueillir ce qui vient — une nouvelle année, un changement, une étape — demande trois capacités essentielles :

  • tolérer l’incertitude, sans se précipiter vers des certitudes artificielles ;
  • rester ouvert, même quand l’esprit aimerait contrôler ce qui arrive ;
  • faire confiance à ses ressources, malgré le doute.

Dans le tableau, la posture d’ouverture et de calme des deux personnages, leur recueillement symbolise cette capacité rare de ne pas résister immédiatement, d’écouter avant d’agir, de laisser entrer ce qui, tôt ou tard, fera partie de nous.

Ce que le tableau nous rappelle en fin d’année

Entre le 25 et le 31 décembre, nous sommes dans un espace psychologique similaire au tableau : cet instant suspendu nous invite à ressentir, comprendre, accueillir ce qui a été, et s’ouvrir à ce qui viendra. L’Annonciation nous propose de remplacer la pression du “bilan” ou des “résolutions” par quelque chose de plus doux, la disponibilité intérieure.

Accepter de ne pas tout prévoir, de ne pas tout maîtriser, d’entrer dans la nouvelle année avec une posture d’accueil plutôt que de lutte : Fra Angelico rappelle que le changement n’est pas un acte brutal mais un mouvement qui commence à l’intérieur, dans un espace de calme.

La leçon est subtile : la fin de l’année n’exige pas de performance mais d’être présent.e à ce qui s’ouvre.s tout prévoir, de ne pas tout maîtriser, d’entrer dans la nouvelle année avec une posture d’accueil plutôt que de lutte.

Cet article vous interpelle ? Vous vous retrouvez dans ces lignes ? N’hésitez pas à me contacter pour en discuter.

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