Encore peu connu du grand public, le terme agentivité désigne pourtant une capacité essentielle à notre équilibre psychologique : le fait de se percevoir comme l’auteur de ses pensées, de ses décisions et de ses actes, et d’avoir le sentiment de pouvoir influencer le cours de sa vie.
Cette notion est aujourd’hui étudiée aussi bien en psychologie, en neurosciences que dans les sciences cognitives. Elle joue un rôle important dans la compréhension de nombreuses difficultés psychologiques, mais aussi dans les processus de changement engagés en psychothérapie.
Se reconnaître comme acteur de sa vie
L’agentivité (ou sense of agency en anglais) correspond au sentiment d’être à l’origine de ses propres actions et de leurs conséquences. Autrement dit, une personne fait l’expérience que ce qu’elle réalise provient bien de sa propre volonté.
L’agentivité ne se limite pas à la capacité d’agir. Elle implique également de se reconnaître comme acteur de sa vie, capable de faire des choix, d’orienter ses comportements et d’assumer une part de responsabilité dans les événements qui lui arrivent, sans pour autant croire que tout dépend exclusivement de soi.
En psychologie clinique, cette perception constitue un facteur important de l’autonomie psychique et du bien-être.
Pourquoi l’agentivité est-elle importante ?
Le sentiment d’agentivité influence de nombreux aspects du fonctionnement psychologique : la confiance en soi, la motivation, la capacité à prendre des décisions, le sentiment de contrôle face aux événements, la persévérance face aux difficultés, la faculté à s’engager dans un changement.
Lorsqu’une personne se sent actrice de sa vie, elle est généralement plus encline à rechercher des solutions, à expérimenter de nouveaux comportements et à développer ses compétences. À l’inverse, lorsque cette impression disparaît, un sentiment d’impuissance peut progressivement s’installer.
Quelles sont les causes d’une perte d’agentivité ?
Plusieurs situations peuvent altérer le sentiment d’être maître de ses actes ou de son existence. Parmi les causes les plus fréquentes figurent :
- des expériences répétées d’échec ;
- un environnement très contrôlant ou infantilisant ;
- des violences psychologiques ou physiques ;
- certaines formes de harcèlement ;
- des traumatismes ;
- des épisodes dépressifs ;
- un stress chronique ou un burn out.
Dans ces situations, la personne peut avoir l’impression que ses efforts ne servent à rien ou que toutes les décisions sont prises à sa place. Cette perte d’initiative rappelle le phénomène d’impuissance apprise, décrit en psychologie, où les individus finissent par ne plus agir après avoir vécu des situations répétées dans lesquelles leurs actions semblaient inefficaces.
Comment se manifeste un déficit d’agentivité ?
Une diminution de l’agentivité peut se traduire par différents comportements : difficulté à prendre des décisions, tendance à laisser systématiquement les autres choisir, sentiment de subir sa vie, faible capacité à se projeter dans l’avenir, perte de motivation, évitement des responsabilités, impression que « tout arrive » sans pouvoir intervenir. Ces manifestations peuvent favoriser l’anxiété, la dépression ou une perte de confiance durable.
Bon à savoir : la notion d’agentivité est particulièrement étudiée dans plusieurs troubles psychiques. Dans certains troubles psychotiques, notamment la schizophrénie, des perturbations du sentiment d’agentivité peuvent conduire une personne à avoir l’impression que ses pensées ou certains de ses mouvements sont contrôlés par une force extérieure. Les chercheurs s’intéressent également à cette notion dans les troubles obsessionnels compulsifs (TOC), les troubles dissociatifs, la dépression ou encore certaines maladies neurologiques, où la perception du contrôle sur ses actions peut être altérée.
Comment retrouver son agentivité ?
Retrouver un sentiment d’agentivité ne consiste pas à contrôler parfaitement sa vie. Il s’agit plutôt de reprendre progressivement conscience de sa capacité à agir, même modestement. Plusieurs approches peuvent y contribuer :
- identifier les domaines sur lesquels il est possible d’agir ;
- fixer des objectifs réalistes et progressifs ;
- reconnaître les réussites, même modestes ;
- apprendre à prendre des décisions en accord avec ses valeurs ;
- développer l’affirmation de soi ;
- mieux distinguer ce qui dépend de soi de ce qui échappe à son contrôle.
Chaque petite réussite contribue à renforcer le sentiment d’efficacité personnelle et la confiance dans sa capacité à influencer son environnement.
Quelle est la place du psychologue ?
Lorsqu’une personne a le sentiment de subir constamment les événements, une psychothérapie peut l’aider à retrouver progressivement sa capacité d’action.
Le travail thérapeutique permet notamment de :
- comprendre les origines de cette perte d’initiative ;
- identifier les croyances qui entretiennent le sentiment d’impuissance ;
- restaurer l’estime de soi ;
- développer de nouvelles stratégies d’adaptation ;
- expérimenter progressivement de nouveaux comportements plus autonomes.
L’objectif n’est pas de faire croire que tout dépend de la volonté individuelle, mais d’aider chacun à retrouver une marge de manœuvre réaliste dans son quotidien.
En résumé
L’agentivité désigne le sentiment d’être l’auteur de ses propres actions et de pouvoir influencer le cours de sa vie. Cette capacité constitue un pilier de l’autonomie psychologique, de la motivation et du bien-être. Lorsqu’elle est fragilisée par un traumatisme, une dépression, un environnement délétère ou certaines pathologies, il devient plus difficile de prendre des initiatives et de se sentir acteur de son existence. La psychothérapie peut accompagner la reconstruction progressive de ce sentiment et favoriser un retour à une vie plus autonome et plus satisfaisante.
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