Lutter contre les crises de panique et l’anxiété chronique est complexe et difficile, douloureux même. Pensées alternatives, exercices de respiration, de méditation, de relaxation, les outils sont nombreux pour combattre les angoisses. L’écrit notamment joue un rôle important, pour ne pas dire crucial, quand il s’agit de dompter ce monstre intérieur. Explications.

Pourquoi écrire est-il essentiel dans la lutte contre l’angoisse ?

La question doit être posée. Parler de ses peurs, s’en ouvrir oralement devant un psychologue s’avère déjà une épreuve, certes libératrice, mais délicate. Écrire ces pensées peut sembler encore plus insurmontable. Pourtant, cette phase présente plusieurs avantages notoires, une véritable avancée dans le processus thérapeutique, pour différentes raisons dont il faut tenir compte.

  • Passer par l’écrit, c’est tracer des mots en toutes lettres, à l’encre, visibles et lisibles sur le papier. C’est donc formuler ce qui nous stoppe, ce qui nous freine, ce qui nous tétanise, c’est lui donner corps, le projeter sur le papier en dehors des méandres de son esprit. C’est fixer la pensée concrètement.
  • En nommant clairement ses émotions, non seulement on les met à distance de soi, mais on les identifie, on peut y revenir ultérieurement, lire, relire, donc les reconnaître quand elles reviennent. 
  • Nommer ses ressentis, c’est aussi en entamer l’analyse : pourquoi je ressens cela ? En quelles occasions ? Quels en sont les effets ? Comment réussir à les neutraliser ? La phase d’écriture offre ainsi la possibilité d’affiner la perception et le décorticage du processus d’anxiété au fur et à mesure qu’on le décrit, pour ensuite en parler avec son psychologue en consultation.
  • Écrire pour soi, en face à face avec soi-même, c’est aussi pouvoir s’exprimer avec ses mots à soi, sans rechercher les effets de style, sans le poids des exigences orthographiques et du beau langage. Devant son cahier ou son écran, on peut dire ce qu’on ressent sans craindre le jugement des autres, la honte. On peut affirmer son chagrin, sa colère, sa peur…
  • L’écriture de soi est une manière cathartique de reprendre le dessus, progressivement, mais sûrement, sur des émotions qu’on a tues pendant trop longtemps, qu’on a cachées et dont il est temps de se délester.

Écrire, mais comment ?

Le problème est qu’écrire fait peur : on n’ose pas prendre la plume, car on assimile cet exercice à un acte littéraire. Or l’objectif n’est pas d’écrire un livre, même si certains se découvrent une âme d’auteur après avoir commencé à rédiger leurs pensées. Le but est de relâcher la pression en mettant des mots sur ses émotions, en cas de crise d’abord, puis régulièrement, afin de cerner toujours plus précisément ses ressentis.

On peut opter pour plusieurs options :

  • Écrire des poèmes où on exprime son ressenti de manière rythmée, avec ses mots, des sonorités spécifiques, des structures de phrases propres à soi.
  • Rédiger des lettres qu’on destine à ceux avec qui on n’ose pas parler (proches, employeurs, collègues, agresseurs…) mais à qui on veut dire son ressentiment, son chagrin, sa déception ou son amour. Cette correspondance servira à coucher sur le papier des sentiments qu’on n’a jamais exprimés. On jugera ensuite si on désire envoyer ces lettres à leur destinataire, si on préfère les conserver comme des écrits personnels ou si on les détruit symboliquement.
  • Instituer un dialogue imaginaire avec ces autres à qui on veut transmettre des émotions très puissantes et rédiger les réponses qu’ils pourraient émettre.
  • Tenir un journal au quotidien où on note ses ressentis, éventuellement où on renseigne ses crises d’angoisse et leur intensité, leur déclencheur potentiel, les émotions ressenties, les pensées automatiques générées, les pensées rationnelles qu’on y a opposées.

Si toutes ces techniques sont intéressantes, l’option du journal intime présente l’avantage de la régularité. On peut préférer la rédaction de longues confidences sur un carnet ou acheter un agenda sur lequel on renseigne son état à date fixe, un peu comme une observation scientifique de soi-même. 

On peut s’adonner à ce que les anglo-saxons appellent le “journaling” ou « journal therapy », c’est-à-dire inscrire ses pensées au lever ou au coucher. Le but est de consacrer un moment spécifique de sa journée pour écrire ses pensées sans rien faire d’autre, en pleine conscience ; c’est une façon de se reconcentrer sur soi, de se ressourcer en coupant complètement avec le stress des réseaux sociaux, de la charge mentale liée au travail et à la famille. On peut également opter pour un journal de gratitude où on remercie la vie pour ce qu’elle nous apporte de positif, d’agréable, nos réussites, nos joies. 

Quelques conseils supplémentaires ?

  • Datez vos écrits afin d’instaurer une chronologie, c’est ainsi que vous constaterez vos progrès dans le temps. Vous verrez clairement que vous avez changé, que vous maîtrisez mieux vos ressentis, que vous reprenez le dessus, et c’est un sentiment vraiment très agréable, de lâcher-prise et de fierté.
  • Faites de cet instant d’écriture un moment de plaisir : investissez dans un beau carnet, un beau stylo. Vous préférez écrire sur des papiers déchirés, des brouillons ? Rassemblez-les dans une pochette. Prévoyez un rituel, une tasse de thé ou une infusion, quelques biscuits, une bougie parfumée, un plaid confortable, de la musique douce… Trouvez un endroit pour écrire où vous ne serez pas dérangé, où vous vous sentirez à l’aise, en sécurité, au chaud. Bref déterminez votre zone d’écriture.
  • N’hésitez pas à illustrer et décorer votre carnet intime si le cœur vous en dit. Le scrapbooking est un excellent vecteur d’art thérapie. Images à coller, couleurs différentes, appropriez-vous cet objet, faites-en un accessoire apprécié, un élément de quiétude. 
  • Vous êtes allergique à l’écriture ? Cela arrive. Si stylo et papier vous rebutent, vous pouvez utiliser un ordinateur bien sûr, en pensant à couper les notifications qui pourraient vous distraire. Et si jamais clavier et écran vous mettent également mal à l’aise, il vous reste la saisie vocale : vous parlez, votre parole se traduit en texte. Vous gardez ainsi une trace de vos réflexions, enregistrées au chaud dans votre disque dur.
  • Que vous utilisiez un carnet ou un traitement de texte, écrire demande du temps. Et c’est justement tout l’intérêt. On a trop tendance à penser qu’on peut se débarrasser de ses angoisses sur un claquement de doigts en une à deux séances de psychothérapie. Or c’est une mutation sur le long terme ; l’écrit va justement imposer un rythme plus lent, recadrer sur une cadence plus humaine, en vous reconnectant avec vous-même. 

Vous désirez en savoir plus sur l’anxiété ? Sur l’écriture thérapeutique ? Vous souffrez de crises d’angoisse ? N’hésitez pas à me contacter, je répondrai à vos questions.

Pin It on Pinterest

Share This